Fondamentaux économiques et institutionnels – Analyse sectorielle. Par le Comité Brésil des CCE.
OBJET : Résumé du Guide Brésil des Conseillers du Commerce Extérieur de la France–CCE du Comité Brésil.
Dans un monde agité, plein de tensions diplomatiques et militaires, l’Amérique Latine, dont le Brésil, semble plus que jamais une région d’opportunités, loin des crises en Europe, Asie, Afrique et Moyen Orient.
La France a un outil exceptionnel et unique d’accompagnement à l’export grâce à l’Equipe de France de l’Export, coordonnée par l’Ambassade de France au Brésil : le comité Brésil des CCE ; le Service Economique Régional ; la Chambre de Commerce et d’Industrie France–Brésil ; Business France ; l’Agence Française de Développement ; Bpifrance ; Atout France ; la French Tech ; l’INPI ; l’attaché douanier.
Le présent fascicule est un résumé d’un travail plus vaste réalisé par les CCE du comité Brésil, sous la coordination de notre secrétaire général Bertrand de Solere, qui s’adresse aux investisseurs, professionnels et toute personne intéressée par le commerce et les affaires au Brésil : le Guide des Affaires au Brésil 2025 peut être obtenu en cliquant sur le lien ci-dessous.
Nous remercions tout particulièrement les équipes du Service Economique Régional–SER, pour leur soutien et leur contribution dans la relecture de ce travail.
Frédéric Junck
Président du comité Brésil des CCE
1 – Les Conseillers du Commerce Extérieur de la France – CCE
Les Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCE) sont des professionnels bénévoles, choisis par le gouvernement français pour leur expertise dans le commerce international. Issus de divers secteurs, ils accompagnent les entreprises françaises dans leur développement à l’international, en mettant à disposition leur réseau et leur expérience. Leur mission repose sur quatre piliers : le conseil aux pouvoirs publics pour renforcer la compétitivité économique française, l’accompagnement des entreprises dans leur stratégie à l’export, la formation des jeunes talents à travers des programmes éducatifs et le mentorat, ainsi que la promotion de l’attractivité économique de la France à l’étranger. Avec une présence dans plus de 150 pays, les CCE jouent un rôle clé dans le renforcement des échanges commerciaux et l’influence économique française à l’échelle mondiale, tout en aidant à relever les défis de la mondialisation et de la transition économique.
Le comité Brésil est composé de 50 membres, incluant les représentants des principales multinationales françaises représentatives des différents secteurs économiques, tels que la distribution ; l’énergie ; les infrastructures ; l’industrie de défense ; l’environnement ; la logistique et les transports ; le secteur bancaire ; l’assurance ; la santé ; la consommation grand public ; l’agrobusiness ; la communication ; l’industrie cosmétique ; le tourisme ; l’éducation ; les ressources humaines ; l’industrie automobile. Des entrepreneurs français au Brésil complètent ce comité, présidé par Frédéric Junck au sein d’un bureau de 10 membres.
2 – Présence française au Brésil
En septembre 2024, en une semaine, trois groupes français ont annoncé 4 milliards USD d’investissements et de contrats au Brésil, renforçant leur présence dans divers secteurs clés. CMA–CGM a acquis 48 % de Santos Brasil, principal opérateur portuaire et propriétaire du plus grand terminal à containers d’Amérique du Sud, pour 2,4 milliards USD. VINCI a remporté la concession d’une autoroute stratégique reliant Belo Horizonte à Cristalina, s’engageant à investir 1,2 milliard USD. ENGIE a gagné un appel d’offres pour construire 780 km de lignes de transmission électrique à travers plusieurs États, avec un investissement de 550 millions USD, consolidant sa position de leader privé de l’énergie au Brésil.
Au-delà de ces opérations récentes, la présence française au Brésil est historique et solide. Avec plus de 1150 filiales et 44 milliards USD d’investissements cumulés, la France est le 4ème investisseur étranger au Brésil. Les groupes français emploient plus de 500 000 personnes au Brésil, faisant des entreprises françaises les premiers employeurs privés du pays.
Le Brésil, avec ses 213 millions d’habitants, et le Mercosur, constitue un marché stratégique pour les investisseurs français. Les entreprises y bénéficient souvent de marges opérationnelles élevées dans un cadre politique et juridique stable, même s’il faut souvent être patient et avoir une force de frappe financière puissante.
Enfin, le Brésil et l’Amérique Latine sont éloignés des grands conflits qui semblent déstabiliser le monde occidental.
3 – Présentation générale du Brésil
- 5ème plus vaste pays du monde avec 8,5 millions km2 ; 6ème pays le plus peuplé au monde avec 213 millions d’habitants ; première économie d’Amérique Latine ; 9ème PIB du monde en 2023, derrière l’Italie et devant le Canada (selon les projections du FMI d’octobre 2024).
- Stabilité monétaire : depuis la fin de l’hyperinflation en 1993, le Brésil applique une politique économique fondée sur un « trépied » : (i) taux de change flottant, (ii) objectif d’inflation et (iii) équilibre budgétaire. Ce cadre a été adopté par tous les gouvernements depuis Fernando Henrique Cardoso, garantissant la stabilité économique. Cependant, en 2024, le Brésil fait face à des défis : des dépenses extraordinaires liées aux catastrophes climatiques ont creusé le déficit budgétaire, provoquant une dévaluation du real.
- Moteurs de la croissance brésilienne : la productivité brésilienne n’a progressé que de 20 % en 40 ans, contre 65 % aux États-Unis. Historiquement, l’économie brésilienne a privilégié les structures protectionnistes, limitant la compétitivité. L’augmentation de la productivité des 40 dernières années est due à (i) l’urbanisation, (ii) la croissance démographique ; (iii) l’entrée des femmes dans le marché du travail ; (iv) une meilleure formation des actifs. Depuis 2010, c’est surtout l’agrobusiness qui croît fortement.
- Les besoins d’investissement : le taux d’investissement du Brésil, à 17,8 % en 2022, est inférieur à la moyenne mondiale et à celle des pays comparables, générant un déficit d’investissements estimé à 80 milliards USD par an. Les limitations budgétaires et constitutionnelles réduisent la capacité d’intervention publique, obligeant le gouvernement à collaborer avec le secteur privé et des banques pour financer les besoins en développement, comme l’assainissement de base. Malgré son statut de 9ème économie mondiale, le Brésil reste en phase de rattrapage.
- Les instruments publics : le Brésil utilise divers instruments pour promouvoir le développement. Les fonds constitutionnels financent des projets régionaux avec 12 milliards USD en 2023, insuffisants face à la demande. Les banques publiques et de développement, dont la BNDES avec un portefeuille de plus de 550 milliards BRL (90 milliards USD), jouent un rôle clé, tout comme les banques multilatérales (BID, NBD) et bilatérales (AFD). Les incitations fiscales, représentant 106 milliards USD, soutiennent les infrastructures mais soulèvent des critiques pour leur inefficacité.
- Les investissements étrangers : les investissements étrangers (62,4 milliards USD en 2023) sont cruciaux pour le Brésil, compensant un traditionnel déficit des transactions courantes (–24,5 milliards USD en 2023), renforçant sa balance des paiements. Avec des besoins en formation brute de capital fixe (FBFC) estimés à 20 % du PIB pour soutenir la croissance, mais un taux d’investissement stagnant à 17 %, le pays reste attractif grâce à un régime juridique égalitaire pour les capitaux étrangers, une fiscalité avantageuse, et des conditions d’entrée simplifiées.
- La structure politique : lors du retour à la démocratie, en 1985, le Brésil adopte un système présidentiel fédéral inspiré des États-Unis, mais avec une Constitution formelle, imposant des normes sociales et économiques uniformes. Le fédéralisme centrifuge brésilien est un moyen terme entre la décentralisation française et le fédéralisme centripète américain. Les lois fédérales s’imposent aux normes étatiques et municipales. Politiquement, le pays est atomisé, avec plus de 20 partis représentés au Congrès, sans discipline, mais capable de grandes réformes par consensus. La Cour Suprême domine l’exécutif et les autres institutions.
- Les réformes récentes : le Brésil se modernise rapidement, intégrant avancées technologiques et réformes juridiques. Les innovations comme le PIX, les fintechs, et la digitalisation des services publics renforcent son efficacité. Juridiquement, des réformes majeures ont été mises en place : la réforme du travail (2017) a assoupli les relations employeur–employé, la loi sur les libertés économiques (2019) réduit la bureaucratie, et la réforme fiscale (2023) simplifie un système complexe avec une TVA unique, promettant une croissance accrue. Des lois comme la LGPD (protection des données) et la loi anticorruption renforcent la transparence. En 2021, une base légale pour startups a été créée, favorisant l’innovation. La loi d’immigration (2017) facilite l’accueil de talents, essentiel pour contrer le vieillissement démographique. Ces mesures, combinées à une infrastructure moderne et un environnement juridique plus attractif, positionnent le Brésil comme un marché prometteur pour les investisseurs.
4 – Analyse sectorielle
- Ressources humaines et marché de l’emploi : au troisième trimestre de 2024, le marché du travail brésilien compte 103 millions d’employés ; il est marqué par une forte informalité et une pénurie de travailleurs qualifiés dans les secteurs clés comme la technologie et l’ingénierie. Le secteur des services domine l’économie (70 % du PIB), suivi par l’industrie et l’agriculture.
- Formation professionnelle : la formation professionnelle au Brésil est cruciale face à un taux de chômage historiquement bas (6,4 % au troisième trimestre de 2024) et une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. L’Année France–Brésil 2025 offre des opportunités aux entreprises françaises.
- Internet et e-business : le Brésil compte 188 millions d’internautes (88 % de la population) et 144 millions d’utilisateurs de réseaux sociaux. Le e-commerce a généré 37 milliards USD en 2023.
- La construction civile (ciment et carrelage) : le ciment, 6ème mondial, a produit 62 millions de tonnes en 2023. Le carrelage, 3ème mondial, produit 800 millions de m²/an.
- Architecture et urbanisme : le secteur de la construction au Brésil offre de grandes opportunités mais nécessite de comprendre ses spécificités.
- Assainissement : en 2022, 48 % des Brésiliens n’avaient pas accès aux services d’assainissement. Une loi de 2020 a mis fin au monopole des entreprises publiques sur l’assainissement.
- Energie : le Brésil dispose d’une matrice énergétique largement renouvelable (90 %), principalement l’hydroélectricité (49 %) et l’énergie solaire et éolienne (34 %).
- Agriculture et environnement : l’agriculture brésilienne domine de nombreux marchés mondiaux (soja, maïs, café, viande). 75 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent du changement d’usage des terres.
- Hygiène et beauté : le Brésil, 3ᵉ marché mondial d’hygiène et beauté, vaut 125 milliards BRL en 2024.
- Santé : le Brésil, 9ème marché pharmaceutique mondial, représente 40 milliards USD en 2023, avec une croissance annuelle de +10 %.
- Tourisme : en 2023, le tourisme international au Brésil a attiré 5,9 millions de visiteurs, générant 6,9 milliards USD.
- Assurance : CNP Assurances, acteur français historique, est présent au Brésil depuis 23 ans. CNP se classe 4e dans le pays.
Contributeurs – Conseillers du Commerce Extérieur du comité Brésil
- Greg Bousquet – Fondateur Architects Office (AO)
- Alexandrine Brami – Présidente LINGOPASS
- Olivier Colas – Associé Gérant de Funchal Investimentos
- Thomas Dubaere – CEO ACCOR Amérique
- Virginie Fernandez – Associée à OMTARE
- Mathieu Fitoussi – Président SERVIER Brésil
- Manuel Flahault – General Manager Amérique du Sud, Air France KLM
- Hubert Guarino – Expert Santé et Président SCG
- Dominique Hautbergue – Directeur Régional Brésil Cône Sud, AFD
- Patrick Hollard – DG Amérique Latine, Afrique et Moyen Orient, MICHAEL PAGE
- Frédéric Junck – Président des CCE Brésil
- Yves Keller – CEO VICAT Latin America
- Robert Klein – CEO Brésil et Mexique, VOLTALIA
- Lara Krumholz – Directrice générale Dailymotion
- David Montmasson – CEO SAFRAN Electronics & Defense Brazil
- Geneviève Poulingue – Directrice SKEMA Brésil
- Pedro Prádanos Zarzosa – Président VEOLIA Brésil
- Maximiliano Villanueva – CEO de CNP Assurances en Amérique Latine
- Michael Reins – CEO OBRAMAX
- Patrick Sabatier – Directeur relations institutionnelles, L’Oréal Amérique Latine
- Bertrand de Solere – Secrétaire Général des CCE Brésil
Ce résumé est extrait du Guide des Affaires au Brésil 2025 (« Investir au Brésil en 2025 »), publié par le Comité Brésil des Conseillers du Commerce Extérieur de la France, sous la coordination de Bertrand de Solere. Le guide complet, plus détaillé et couvrant l’ensemble des secteurs, est disponible en téléchargement sur ce blog.
